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De la naïveté commerciale à la souveraineté industrielle

Tribune parue dans Le Télégramme 

https://www.letelegramme.fr/opinions/tribune-de-la-naivete-commerciale-a-la-souverainete-industrielle-7099722.php

ll y a des dates qui marquent un basculement.

En mai, le constructeur automobile chinois BYD, encore inconnu des Européens il y a quatre ans seulement, a vendu davantage de véhicules que Citroën sur le continent ! Au même moment, l'usine historique Stellantis de Rennes annonçait ouvrir ses lignes de production au chinois Dongfeng

Cette offensive chinoise, sur l'Europe et son industrie, semble prendre de court l'Union européenne, qui peine à mettre en place des mesures de protection à la hauteur des enjeux.

Confrontés à la même menace, les Etats-Unis multiplient les barrières protectionnistes depuis le premier mandat de Donald Trump, particulièrement envers la Chine, avec des droits de douane massifs et des subventions accrues aux filières stratégiques nationales.

La Chine, de son côté, n'est pas en reste avec une politique de subventions massives, des normes restrictives, tout en gardant le contrôle des chaînes d'approvisionnement stratégiques - comme les batteries électriques ou les semi-conducteurs.

L'Europe se trouve dans une position délicate : trop dépendante de la Chine pour engager un rapport de force et trop divisée pour imposer une stratégie industrielle à la hauteur de l'enjeu.

Le commerce international d'autrefois, qui a longtemps profité au Vieux Continent, a changé.

Trop longtemps, l'Europe a cru, à tort, que des pays émergents, comme la Chine ou l'Inde, resteraient de simples ateliers du monde destinés à produire à bas coût ce que nous concevions. Elle n'a pas vu - ou voulu voir - les investissements massifs de ces pays dans la recherche ou le développement.

En Chine, la célèbre formule du président Deng Xiaoping, « avançons masqués, cachons nos talents », préfigurait pourtant cette stratégie chinoise de montée en puissance à bas bruit

Aussi, le rapport Draghi, remis à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en septembre 2024, pose, à mon sens, un diagnostic nécessaire et fixe (enfin) une feuille de route claire pourtenter de relancer la compétitivité de l'Union européenne.

Sortir de la naïveté commerciale dans laquelle le continent s'est trop souvent enfermé, c'est précisément ce que propose le projet de règlement européen « Acte pour l'accélération de l'activité industrielle » qui en découle.

Celui-ci vise, entre autres, à privilégier, de façon ciblée, l'accès au marché intérieur pour les producteurs européens, tout en soutenant les politiques de transition bas-carbone. Mais la réponse passera aussi par le renforcement de notre capacité industrielle, notamment dans le secteur technologique où nous accusons un retard qui menace notre croissance future. Cela nécessite une réduction de nos dépendances et un soutien massif à l'innovation et à la R & D. On ne peut plus se permettre de laisser près de 30 % de nos start-up les plus dynamiques créées en Europe relocaliser leurs sièges aux États-Unis, comme le mentionne le rapport Draghi.

Ainsi, dans cette nouvelle compétition mondiale, le protectionnisme n'est pas l'ennemi de l'ouverture mais sa condition, lorsqu'il est ciblé, maîtrisé et temporaire. Protéger notre capacité à produire et garder nos industries en Europe, y compris dans nos territoires industriels comme la Bretagne, est un impératif. C'est le préalable indispensable à notre liberté d'innover et, demain, je le crois, de décider.

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